Cybercriminalité en France : porter plainte et protection des victimes de cyberattaques

By Marie Toldeno

La cybercriminalité en France connaît une croissance exponentielle depuis la crise sanitaire. Les attaques informatiques touchent désormais tous les secteurs d’activité, des hôpitaux aux entreprises en passant par les collectivités territoriales. Face à cette menace grandissante, les victimes disposent de recours juridiques précis pour défendre leurs droits.

Depuis avril 2023, la loi LOPMI impose aux professionnels victimes de cyberattaques de déposer plainte dans un délai strict pour bénéficier d’une indemnisation. Cette obligation s’inscrit dans un dispositif plus large de protection des victimes et de lutte contre les infractions numériques. Comprendre les démarches à accomplir, les preuves à réunir et les sanctions encourues par les cybercriminels devient essentiel. Les organismes spécialisés accompagnent les victimes tout au long du processus judiciaire et technique.

Comment déposer plainte après une cyberattaque : démarches et délais obligatoires

Le délai légal de 72 heures depuis la loi LOPMI

L’article 5 de la loi du 24 janvier 2023 d’orientation et de programmation du ministère de l’Intérieur crée une obligation de dépôt de plainte dans les 72 heures pour tous les professionnels victimes d’une attaque informatique. Ce délai court à compter de la découverte de l’infraction et non de sa réalisation effective.

Cette disposition concerne les personnes physiques exerçant une activité professionnelle comme les travailleurs indépendants ou entrepreneurs individuels. Elle s’applique également aux personnes morales telles que les entreprises et associations dont le contrat d’assurance relève du code des assurances français.

La finalité de cette mesure consiste à permettre l’indemnisation par l’assureur, sous réserve que le contrat le prévoie expressément. Sans dépôt de plainte dans ce délai de 72 heures, les victimes perdent leur droit à réparation financière.

Les types d’attaques visés incluent les intrusions dans les systèmes, la propagation de programmes malveillants, les ransomwares, le phishing, le hameçonnage ciblé pour fraude au virement ou encore le vol de données personnelles destinées au marché noir.

Les modalités pratiques du dépôt de plainte

Actuellement, il n’existe pas de possibilité de porter plainte en ligne pour piratage informatique. Les victimes doivent impérativement se déplacer au commissariat de police ou à la gendarmerie territorialement compétent selon le lieu de l’entreprise attaquée.

Si le représentant légal ne peut effectuer ce déplacement, la personne mandatée doit se munir d’une copie de la pièce d’identité du dirigeant, d’un extrait Kbis récent et d’un mandat daté et signé. Ces documents authentifient la qualité pour agir au nom de l’entreprise.

Une autre option consiste à adresser un courrier au procureur de la République en joignant l’ensemble des preuves disponibles. Cette démarche présente l’avantage de formaliser rapidement la plainte tout en constituant un dossier complet.

Pour obtenir assistance et conseils, les victimes peuvent contacter le service Info Escroquerie au 0 805 805 817, numéro gratuit de la police nationale. Le chat internet de la gendarmerie et de la police nationale fonctionne 24 heures sur 24 pour répondre aux situations d’urgence.

L’obligation parallèle de déclaration à la CNIL

Lorsqu’une violation de données personnelles survient, l’article 33.1 du RGPD impose une notification à la CNIL dans les 72 heures. Cette obligation s’applique dès lors que la violation risque d’engendrer des conséquences pour les droits et libertés des personnes concernées.

Le responsable du traitement doit évaluer la gravité de l’incident. Si le risque apparaît élevé pour les personnes, il doit également les informer directement et sans délai. Cette communication leur permet de prendre des mesures de protection appropriées.

Le non-respect de cette obligation expose à des sanctions administratives et pénales considérables. La CNIL peut prononcer des amendes jusqu’à 4% du chiffre d’affaires annuel mondial ou 20 millions d’euros selon le montant le plus élevé.

Type d’obligationDestinataireDélaiSanction en cas d’oubli
Dépôt de plainteCommissariat ou gendarmerie72 heuresPerte du droit à indemnisation
Notification violationCNIL72 heuresAmende administrative jusqu’à 20M€
Information personnes concernéesVictimes des donnéesSans délai si risque élevéSanctions RGPD

Pourquoi porter plainte est indispensable pour les victimes de cybercriminalité

Les bénéfices juridiques et financiers du dépôt de plainte

Porter plainte confère officiellement le statut de victime et permet de faire valoir l’ensemble de ses droits dans le cadre de la procédure pénale. Cette reconnaissance juridique constitue le préalable à toute démarche d’indemnisation ou de réparation.

Le dépôt de plainte protège contre les conséquences d’une usurpation d’identité. En conséquence, les cybercriminels peuvent utiliser les données dérobées pour commettre d’autres infractions. La plainte établit clairement que la victime n’est pas l’auteur de ces actes.

L’assurance exige désormais cette formalité pour tout sinistre lié à une attaque informatique. Sans plainte déposée dans le délai de 72 heures, les professionnels perdent leur droit à réparation financière, quels que soient les préjudices subis.

Le processus judiciaire peut permettre de récupérer des données dérobées lors de perquisitions numériques. Dans certains cas, les enquêteurs obtiennent des clés de déchiffrement auprès des auteurs de ransomwares, restaurant ainsi l’accès aux fichiers chiffrés.

L’accompagnement dans les situations complexes

Les forces de l’ordre apportent conseils et orientation face aux situations sensibles comme les demandes de rançon. Leur expertise permet d’éviter les erreurs qui compromettraient la récupération des données ou l’identification des auteurs.

L’enquête menée par les services spécialisés mobilise des moyens techniques importants. Les enquêteurs peuvent solliciter des réquisitions numériques auprès des hébergeurs, fournisseurs d’accès et plateformes pour identifier les adresses IP utilisées.

Les services de cybermalveillance orientent vers des prestataires qualifiés capables d’assurer la remédiation technique. Cette intervention rapide limite l’étendue des dommages et rétablit la sécurité informatique compromise.

Les résultats de l’enquête bénéficient à la victime : identification de l’auteur, récupération de preuves matérielles, restitution d’éléments volés. Ces informations alimentent également les demandes de dommages et intérêts devant les juridictions civiles ou pénales.

La contribution à la lutte collective contre la cybercriminalité

Chaque plainte enrichit les statistiques nationales et permet aux autorités d’adapter leurs moyens de lutte. Les données agrégées révèlent les tendances, les zones géographiques particulièrement visées et les secteurs d’activité prioritaires.

Les plaintes permettent de détecter des modes opératoires récurrents. L’analyse de ces similarités conduit à identifier des réseaux criminels organisés opérant à l’échelle nationale ou internationale.

Participer à cette démarche collective protège d’autres victimes potentielles. Les informations transmises alimentent les bases de données utilisées pour les campagnes de prévention et les alertes diffusées par les organismes spécialisés.

Les données collectées améliorent les dispositifs de sensibilisation. Elles permettent de cibler les messages de prévention selon les publics concernés et les menaces les plus fréquentes observées sur le terrain.

Collecter et préserver les preuves d’une attaque informatique

Les types de preuves à rassembler

Rassembler un maximum de preuves numériques avant le dépôt de plainte conditionne la réussite de l’enquête. Ces éléments matériels permettent aux enquêteurs de comprendre le mode opératoire et d’identifier les auteurs.

  • Les captures d’écran des messages suspects, emails de phishing ou pages web frauduleuses
  • Les disques durs ou copies exactes des appareils infectés par des logiciels malveillants
  • Les clés USB utilisées lors de l’attaque ou contenant des fichiers compromis
  • Les enregistrements audio ou vidéo documentant le déroulement de l’incident
  • Les attestations de témoins avec identité complète et description précise des faits

Tous les documents collectés doivent porter une date précise. Cette datation permet d’établir une chronologie des événements et de respecter les délais légaux de dépôt de plainte.

Il convient impérativement de ne pas modifier les systèmes attaqués après la découverte de l’intrusion. Toute manipulation ultérieure risque d’altérer les preuves et de compromettre leur exploitation par les services d’expertise informatique.

Le recours au commissaire de justice pour constater les faits

Le commissaire de justice peut établir un constat officiel des faits de cybercriminalité. Ce professionnel du droit procède à une description précise des contenus en ligne, des messages reçus ou de l’état d’un système informatique compromis.

Ces constats présentent une forte valeur probante devant les juridictions. Les juges accordent généralement un crédit important à ces procès-verbaux établis par un officier ministériel soumis à des obligations déontologiques strictes.

Le recours au commissaire de justice représente un coût pour la victime. Néanmoins, cet investissement peut s’avérer déterminant dans les affaires complexes où les preuves numériques risquent de disparaître rapidement.

La procédure s’organise simplement : contact du professionnel, description détaillée des faits à constater et établissement du procès-verbal. Ce document daté et signé pourra être produit lors du dépôt de plainte et tout au long de la procédure pénale.

La préservation de l’intégrité des preuves numériques

Les preuves numériques se caractérisent par leur volatilité et leur fragilité. Un arrêt brutal des appareils ou une manipulation inappropriée peuvent entraîner la perte définitive d’informations cruciales pour l’enquête.

Des précautions techniques s’imposent : maintien des systèmes en fonctionnement, réalisation de copies exactes des supports de stockage, documentation exhaustive de chaque manipulation effectuée sur les équipements.

La chaîne de conservation doit être tracée depuis la découverte de l’attaque jusqu’à l’exploitation judiciaire. Cette traçabilité garantit que les éléments présentés n’ont pas été altérés et reflètent fidèlement la situation constatée.

Les réquisitions numériques permettent de collecter d’autres éléments probants : adresses IP utilisées pour l’accès frauduleux, logs de connexion sur les serveurs, métadonnées des fichiers échangés. L’expertise informatique judiciaire analyse ces données dans le respect du contradictoire.

Sanctions pénales et responsabilités juridiques en matière de cybercriminalité

Les infractions relatives aux systèmes informatiques

L’article 323-1 du Code pénal sanctionne l’accès ou le maintien frauduleux dans un système informatique. La peine s’établit à deux ans d’emprisonnement et 60 000 euros d’amende pour les faits simples.

Lorsque l’intrusion entraîne la suppression de données, leur modification ou une altération du fonctionnement, la sanction pénale s’élève à trois ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende. Ces circonstances aggravantes traduisent la gravité accrue de l’infraction.

Si l’attaque vise un système de traitement de données personnelles mis en œuvre par l’État, les peines atteignent cinq ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende. Cette protection renforcée reflète l’importance des systèmes régaliens.

L’article 323-2 réprime l’entrave au système ou la falsification de son fonctionnement. Les peines prévues s’élèvent à cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende, portées à sept ans et 100 000 euros pour les systèmes étatiques.

Escroquerie en ligne et usurpation d’identité

L’escroquerie en ligne relève de l’article 313-1 du Code pénal. Elle présente les mêmes éléments constitutifs que la forme traditionnelle : manœuvres frauduleuses, remise d’un bien et intention frauduleuse.

  1. Le phishing consistant à se faire passer pour un organisme légitime afin d’obtenir des informations bancaires
  2. Les fausses annonces sur les sites de vente en ligne pour collecter des fonds sans livrer les biens
  3. Les faux sites marchands reproduisant l’apparence de plateformes connues pour détourner les paiements
  4. Les arnaques au faux support technique prétendant résoudre des problèmes informatiques inexistants
  5. Les fraudes au président ou au faux conseiller bancaire pour obtenir des virements

L’usurpation d’identité numérique prévue à l’article 226-4-1 consiste à utiliser les données d’un tiers pour troubler sa tranquillité ou porter atteinte à son honneur. Cette infraction vise particulièrement les comportements sur internet et les réseaux sociaux.

Le défaut de sécurisation des données

L’article 226-17 du Code pénal sanctionne le défaut de mise en œuvre des mesures prescrites par le RGPD et la loi Informatique et Libertés. La responsabilité pénale peut être engagée à hauteur de cinq ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende.

Une plainte contre X peut être déposée sur ce fondement lorsqu’une violation de données résulte d’une sécurité informatique insuffisante. Cette démarche vise le responsable de traitement ayant manqué à ses obligations de protection.

Les responsables de traitement et sous-traitants doivent mettre en œuvre des mesures techniques appropriées. Le chiffrement des données, la pseudonymisation, les systèmes de sauvegarde et les tests réguliers constituent des obligations légales.

L’article 32 du RGPD détaille ces exigences : garantie de la confidentialité, de l’intégrité et de la disponibilité des données, moyens de rétablissement en cas d’incident, procédures d’évaluation régulière de l’efficacité des mesures déployées.

Organismes d’assistance et ressources disponibles pour les victimes

Cybermalveillance.gouv.fr et ses missions

Le groupement d’intérêt public Action Contre la Cybermalveillance pilote le portail cybermalveillance.gouv.fr. Cette plateforme nationale assiste les particuliers, entreprises, associations, collectivités et administrations victimes d’attaques informatiques.

Ses missions couvrent plusieurs domaines complémentaires : assistance technique et juridique aux victimes, sensibilisation au risque numérique, information sur les menaces émergentes et moyens de protection adaptés à chaque profil.

L’outil de diagnostic en ligne permet d’identifier rapidement la nature de l’attaque subie. En quelques questions, la victime obtient une qualification de l’incident et des conseils personnalisés pour y faire face.

Le site oriente vers des prestataires de proximité qualifiés. Ces professionnels référencés assurent la remédiation technique selon des critères de compétence vérifiés. Des ressources pédagogiques et fiches pratiques complètent le dispositif d’accompagnement.

PHAROS et le signalement des contenus illicites

Le dispositif PHAROS accessible via internet-signalement.gouv.fr permet à toute personne victime ou témoin de signaler des contenus de cyberharcèlement ou autres infractions en ligne.

Après examen par les équipes PHAROS, les contenus jugés illicites sont transmis aux services d’enquête de la police nationale ou de la gendarmerie. Une investigation peut alors être ouverte sous l’autorité du procureur de la République.

Les enquêteurs peuvent demander aux hébergeurs de supprimer les contenus manifestement illégaux. Cette procédure administrative accélère le retrait sans attendre l’issue d’une procédure pénale longue.

La victime peut également effectuer un signalement de contenu directement auprès de l’hébergeur concerné. Elle peut solliciter le déréférencement auprès des moteurs de recherche pour faire disparaître les résultats associés à son identité. Les faux signalements exposent à un an de prison et 15 000 euros d’amende.

ANSSI et recommandations de sécurité

L’Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information protège les infrastructures critiques et conseille les organisations publiques et privées. Elle publie régulièrement des fiches de bonnes pratiques destinées aux responsables de sécurité.

La CNIL a formulé dix conseils essentiels pour la sécurité informatique. Une politique de mots de passe rigoureuse exige au minimum huit caractères incluant chiffres, lettres et caractères spéciaux, renouvelés fréquemment.

  • Concevoir des procédures formelles de création et suppression des comptes utilisateurs
  • Sécuriser les postes de travail avec verrouillage automatique après quelques minutes d’inactivité
  • Identifier précisément les personnes autorisées à accéder aux fichiers sensibles
  • Contrôler la confidentialité vis-à-vis des prestataires externes intervenant sur les systèmes

Les données de santé bénéficient d’une protection renforcée. Les professionnels doivent signaler sans délai à l’Agence Régionale de Santé les incidents graves de sécurité. L’hébergement doit être confié à un prestataire certifié selon le Code de la santé publique.

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Marie Toldeno

Je suis une rédactrice spécialisé dans l'entrepreunariat & la formation professionnelle. Je souhaite pouvoir accompagner notre audience pour s'accomplir d'un point de vue professionnel.