Banque des règlements internationaux (BRI) : définition et rôle

By Marie Toldeno

Depuis sa fondation en 1930, la Banque des Règlements Internationaux occupe une place unique dans le paysage financier mondial. Basée à Bâle en Suisse, elle représente la plus ancienne institution financière internationale encore en activité. Qualifiée de « banque des banques centrales », la BRI joue un rôle central dans la coopération monétaire et financière entre nations.

Sa mission a profondément évolué depuis ses débuts, passant d’un organisme chargé de gérer les réparations de guerre allemandes à une plateforme sophistiquée de régulation bancaire mondiale. Cette institution héberge notamment le célèbre Comité de Bâle, architecte des normes prudentielles qui encadrent aujourd’hui l’activité des établissements bancaires. L’analyse de son histoire, de ses missions actuelles et de son organisation permet de comprendre comment la BRI contribue à la stabilité du système financier international et accompagne les défis économiques contemporains.

Les missions et fonctions de la BRI aujourd’hui

La Banque des Règlements Internationaux poursuit un objectif fondamental : favoriser la coopération monétaire et financière à l’échelle planétaire. Cette ambition se décline en trois axes stratégiques distincts mais complémentaires.

Pour commencer, l’institution assiste les banques centrales dans leur quête perpétuelle de stabilité monétaire et financière. Deuxièmement, elle accueille et facilite la coopération internationale dans ces domaines sensibles. Troisièmement, elle agit concrètement comme une banque au service exclusif des banques centrales nationales.

La BRI accompagne les autorités monétaires dans la gestion de leurs réserves de change et d’or, une responsabilité qui implique des montants colossaux. Elle propose également ses services financiers sophistiqués aux organisations internationales. En 2023, le total des dépôts confiés atteignait 308 milliards de droits de tirage spéciaux, dont 94% libellés en devises et 10% en or.

Les réunions bimestrielles du conseil d’administration constituent des moments privilégiés. Les gouverneurs des principales banques centrales y échangent de manière informelle sur les politiques monétaires et financières adoptées dans leurs pays respectifs, créant un espace unique de dialogue stratégique.

Genèse et création de l’institution en 1930

Le 20 janvier 1930 à La Haye, huit nations signent un accord intergouvernemental historique donnant naissance à la BRI. L’Allemagne, la Belgique, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’Italie, le Japon et la Suisse s’unissent dans cette initiative sans précédent.

L’ouverture officielle des bureaux intervient le 17 mai 1930 dans la ville suisse de Bâle, marquant le début effectif des opérations. La mission première visait à faciliter le règlement des réparations imposées à l’Allemagne par le Traité de Versailles, dans le cadre du plan Young élaboré après la Première Guerre mondiale.

DateÉvénement
Avril 1929Proposition du comité Young
Août 1929Approbation à La Haye
Novembre 1929Validation finale à Baden-Baden
20 janvier 1930Création officielle de la BRI
17 mai 1930Ouverture des bureaux à Bâle

L’institution devait également faciliter les relations interbancaires face aux conséquences dévastatrices de la crise de 1929 qui ébranlait le monde financier. La Suisse obtient le privilège d’héberger le siège grâce à un accord spécifique, reconnaissant sa neutralité et sa tradition bancaire.

Le Comité de Bâle et la régulation bancaire internationale

La fin du système de Bretton Woods entre 1971 et 1973 inaugure une période d’instabilité monétaire majeure. Des crises bancaires graves éclatent, notamment la disparition spectaculaire de la Bankhaus Herstatt en 1974, révélant des failles systémiques inquiétantes.

Face à ces turbulences, le Comité de Bâle pour le contrôle bancaire voit le jour en 1974 au sein de la BRI. Ce forum réunit les gouverneurs des banques centrales des grandes puissances économiques mondiales. Sa mission consiste à renforcer la régulation bancaire et promouvoir des pratiques exemplaires garantissant la stabilité du système financier global.

Trois générations successives d’accords ont progressivement façonné le paysage réglementaire actuel :

  • Les accords de Bâle I, signés en 1988, imposent le ratio Cooke exigeant 8% de fonds propres par rapport aux crédits accordés
  • Les accords de Bâle II, adoptés en 2004, introduisent un nouveau ratio de solvabilité face à la complexification des produits financiers
  • Les accords de Bâle III, signés en 2010 après la crise de 2008, renforcent considérablement la solidité des établissements bancaires

Ces normes internationales visent toutes à réduire le risque systémique et à assurer la résilience des banques lors de périodes économiques difficiles.

Structure organisationnelle et gouvernance de la BRI

La Banque des Règlements Internationaux possède un statut juridique original. Cette organisation financière internationale prend la forme d’une société anonyme dont les actionnaires sont exclusivement des banques centrales nationales.

L’assemblée générale rassemble l’ensemble des membres tandis que le conseil d’administration définit les orientations stratégiques de l’institution. Ce conseil compte au maximum 21 membres, dont plusieurs sièges sont réservés d’office aux gouverneurs des banques centrales de France, Allemagne, Belgique, Italie, Royaume-Uni, États-Unis, Japon et Chine.

Une particularité statutaire remarquable permet aux six premiers pays mentionnés de désigner un membre supplémentaire de même nationalité, renforçant ainsi leur influence. Le président du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne participe également aux délibérations.

  1. Le conseil se réunit au minimum six fois annuellement pour examiner les dossiers stratégiques
  2. Les membres élisent le président du conseil pour un mandat de trois ans renouvelable une fois
  3. François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, préside actuellement cette instance

Agustín Carstens, ancien secrétaire des Finances du Mexique, occupe le poste de directeur général depuis 2017, supervisant la gestion quotidienne de l’établissement.

Moyens financiers et ressources propres

Le capital de la Banque des Règlements Internationaux se compose d’actions détenues par 63 banques centrales membres. Cette structure actionnariale totalise 600 000 actions, dont la moitié appartient aux institutions monétaires d’Allemagne, d’Angleterre, de Belgique, de France, d’Italie et des États-Unis.

Les données financières témoignent de la puissance de l’institution. Au 31 mars 2017, l’actif atteignait 242,2 milliards de droits de tirage spéciaux. Deux ans plus tard, au 31 mars 2019, la BRI gérait plus de 291 milliards de DTS pour compte de tiers et compte propre.

Le budget annuel s’établissait à 411 millions d’euros en 2023. Les effectifs comptent environ 600 collaborateurs en 2021, provenant de plus de 60 nationalités différentes, reflétant le caractère international de l’organisation.

L’indépendance fonctionnelle et financière distingue fondamentalement la BRI des autres institutions internationales. Elle n’entretient aucun lien avec les pouvoirs politiques nationaux et s’autofinance intégralement grâce aux profits générés par ses activités.

Le modèle économique repose sur la gestion de portefeuilles sophistiqués. Les banques centrales confient leurs dépôts en or et devises, que la BRI place stratégiquement sur les marchés financiers. Elle accorde également des crédits à certaines autorités monétaires, diversifiant ainsi ses sources de revenus.

Travaux de recherche et comités hébergés

Le département monétaire et économique de la BRI réalise des travaux analytiques reconnus sur la stabilité monétaire et financière. Sa réputation en matière de recherche remonte au début des années 2000, période où peu d’institutions abordaient ces thématiques avec une telle profondeur.

L’institution collecte, analyse et diffuse des statistiques essentielles concernant le système financier international et l’activité bancaire mondiale. Ces données alimentent les réflexions des autorités monétaires et des chercheurs.

Plusieurs comités spécialisés siègent dans les locaux de Bâle. Le Comité sur le système financier mondial examine les questions macroprudentielles. Le Comité sur les paiements et les infrastructures de marché traite des systèmes de règlement. Le Comité des marchés analyse les évolutions des marchés financiers. Le Comité Irving Fischer centralise les statistiques des banques centrales. Le Groupe de gouvernance échange sur les pratiques de direction.

Trois associations disposant d’une gouvernance autonome sont également hébergées :

  1. Le Conseil de stabilité financière, créé en 2009, coordonne les travaux internationaux des ministères des Finances et banques centrales de 24 pays
  2. L’Association internationale de protection des dépôts fixe les normes mondiales d’assurance des dépôts et de résolution bancaire
  3. L’Association internationale des contrôleurs d’assurance définit les standards de supervision du secteur assurantiel

L’Institut pour stabilité financière, créé en 2009, diffuse largement ces travaux via des réunions, séminaires et formations en ligne destinés aux régulateurs financiers mondiaux.

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Marie Toldeno

Je suis une rédactrice spécialisé dans l'entrepreunariat & la formation professionnelle. Je souhaite pouvoir accompagner notre audience pour s'accomplir d'un point de vue professionnel.