La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) : qu’est-ce que c’est ?

By Marie Toldeno

Créée en 1952, la Cour de justice de l’Union européenne constitue l’institution juridictionnelle suprême garantissant le respect du droit européen. Sa mission fondamentale consiste à assurer une interprétation uniforme des traités et à contrôler la légalité des actes adoptés par les institutions européennes. Cette juridiction supranationale veille à ce que la législation soit appliquée de manière identique dans tous les États membres. Son autorité s’impose aux juridictions nationales et ses arrêts produisent des effets contraignants sur l’ensemble du territoire européen. Passons en revue son organisation interne, ses compétences juridictionnelles variées, ses procédures, son évolution historique depuis les débuts de la construction européenne ainsi que l’impact concret de ses décisions sur la vie quotidienne des citoyens.

Organisation et structure de l’institution

La Cour de justice de l’Union européenne regroupe deux juridictions distinctes fonctionnant de manière complémentaire : la Cour de justice et le Tribunal. Cette organisation permet une répartition efficace du traitement des affaires selon leur nature et leur complexité.

La Cour de justice rassemble 27 juges, soit un représentant par État membre, ainsi que 11 avocats généraux. Ces magistrats sont nommés par accord commun des gouvernements pour un mandat de six ans renouvelable. Parmi eux, un président et un vice-président sont élus pour trois ans. Depuis octobre 2015, le Belge Koen Lenaerts occupe la fonction de président, dirigeant les travaux et présidant les audiences des formations de jugement les plus importantes.

Le Tribunal comprend 54 juges depuis la réforme adoptée en 2016, correspondant à deux magistrats par État membre. Ils exercent également un mandat de six ans, renouvelable une seule fois. Cette expansion vise à améliorer la capacité de traitement des contentieux.

Le greffier, véritable secrétaire général de l’institution, dirige l’ensemble des services administratifs sous l’autorité du président. Deux greffiers adjoints l’assistent dans ses missions quotidiennes. Les bâtiments de cette juridiction supranationale se situent à Luxembourg, dans le quartier de Kirchberg, au sein du Palais. Luxembourg fut désigné siège permanent en 1965, confirmant son rôle central dans l’architecture institutionnelle européenne.

Les différentes compétences juridictionnelles

La CJUE exerce sept catégories principales de compétences, chacune répondant à des besoins spécifiques d’application du droit européen. Ces missions garantissent la cohérence juridique au sein de l’Union.

Type de recoursObjectif principalQui peut saisir
Renvoi préjudicielInterpréter le droit européenJuridictions nationales
Recours en manquementSanctionner les violations par les ÉtatsCommission européenne, États membres
Recours en annulationContrôler la légalité des actesInstitutions, États, particuliers
Recours en carenceSanctionner l’inactionInstitutions, États, particuliers

La procédure de renvoi préjudiciel constitue un mécanisme essentiel permettant aux juridictions nationales d’interroger la Cour sur l’interprétation du droit européen ou la validité d’un acte législatif. Cette procédure garantit une application uniforme des règles dans tous les pays membres.

Le recours en manquement sanctionne les États membres ne respectant pas leurs obligations. La Commission européenne initie généralement ces procédures en émettant d’abord un avis motivé. Si l’État persiste, une amende ou une astreinte peut être imposée.

Le recours en annulation permet de contester la conformité des actes des institutions aux traités. Les particuliers et entreprises peuvent également saisir le Tribunal lorsqu’une décision les affecte directement et individuellement. Le recours en carence sanctionne quant à lui l’absence de décision d’une institution.

Les actions en dommages et intérêts offrent une réparation aux personnes lésées par l’action ou l’inaction des organes européens. Les litiges contractuels et les différends entre l’Union et ses agents complètent ce dispositif juridictionnel complet. Le Tribunal traite principalement les contentieux relatifs à la concurrence, aux aides d’État, au commerce et aux marques commerciales.

Procédure et fonctionnement des instances

La Cour peut siéger selon différentes formations adaptées à la complexité des affaires traitées. Ces configurations variables assurent une souplesse procédurale optimale.

  • Assemblée plénière (très rare)
  • Grande chambre de 13 ou 15 juges
  • Chambres à 5 juges (majorité des cas)
  • Chambres à 3 juges

Chaque affaire est assignée à un juge rapporteur et un avocat général. La procédure se déroule systématiquement en deux phases distinctes garantissant une instruction complète du dossier.

La phase écrite permet aux parties de présenter leurs déclarations. Les autorités nationales, les institutions européennes et parfois les particuliers peuvent transmettre des observations. Le juge rapporteur établit une synthèse examinée lors d’une réunion générale déterminant la composition de la formation de jugement.

La phase orale se déroule en audience publique. Les avocats exposent leurs arguments face aux juges et à l’avocat général, qui peuvent les interroger. Les conclusions de l’avocat général sont rendues quelques semaines après l’audience.

Les juges délibèrent ensuite en français, langue de travail de la Cour, sur la base du projet d’arrêt. Chaque magistrat, assisté de référendaires, peut proposer des modifications. Les parties choisissent librement leur langue de procédure parmi les 24 langues officielles de l’Union européenne. Les renvois préjudiciels sont diffusés à tous les États membres dans leur langue respective.

Le délai moyen de procédure atteint environ un an et quatre mois, permettant un traitement relativement rapide compte tenu de la complexité des dossiers. L’arrêt définitif est prononcé publiquement et publié dans le recueil officiel des arrêts.

Évolution historique et extension des compétences

Le traité de Paris de 1951, instituant la Communauté européenne du charbon et de l’acier, créa la première Cour de justice de la CECA. Cette juridiction pionnière marqua le début du contrôle juridictionnel supranational.

Les traités de Rome de 1957 transformèrent cette institution en Cour de justice des Communautés européennes, devenant juridiction commune à trois communautés : la CECA, l’Euratom et la CEE. Cette fusion renforça la cohérence du système juridique européen.

  1. 1951 : Création de la Cour de justice de la CECA
  2. 1957 : Transformation en CJCE par les traités de Rome
  3. 2004 : Création du Tribunal de la fonction publique
  4. 2009 : Adoption du nom actuel CJUE avec le traité de Lisbonne
  5. 2016 : Suppression du Tribunal de la fonction publique

Le traité de Lisbonne, entré en vigueur en décembre 2009, modifia la dénomination en Cour de justice de l’Union européenne. Entre 2004 et 2016, une troisième juridiction spécialisée, le Tribunal de la fonction publique, exista avant que ses compétences ne soient transférées au Tribunal.

Cette réforme majeure étendit considérablement les compétences juridictionnelles, notamment concernant la liberté, la sécurité et la justice. La Cour peut désormais statuer sur les contentieux relatifs aux visas, à l’asile, à l’immigration et à la circulation des personnes. La coopération policière et pénale relève également de son autorité.

La Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne acquit une valeur juridique contraignante équivalente aux traités. Cette évolution renforça la protection des droits des citoyens et étendit le contrôle juridictionnel au respect des droits de l’homme.

Toutefois, des limites subsistent concernant la politique extérieure commune et la politique de sécurité commune, domaines où les compétences demeurent restreintes. Seules les mesures restrictives prononcées par le Conseil de l’Union européenne peuvent faire l’objet de recours.

Impact et portée des décisions de la CJUE

Les arrêts rendus par la CJUE possèdent un caractère obligatoire et exécutoire s’imposant à l’ensemble des États membres sur tout le territoire européen. Cette autorité supranationale s’impose même aux juridictions nationales suprêmes, constituant de facto un niveau de recours supérieur.

Arrêt fondateurAnnéePrincipe établi
Van Gend & Loos1963Effet direct du droit communautaire
Costa c. Enel1964Primauté du droit européen
Cassis de Dijon1979Libre circulation des marchandises
Cowan1989Libre prestation des services
Bosman1995Sport professionnel et libre circulation

L’arrêt Van Gend & Loos de 1963 établit un principe révolutionnaire : les citoyens européens peuvent invoquer directement des dispositions du droit communautaire devant leurs juridictions nationales. Cette jurisprudence transforma profondément les relations entre ordre juridique européen et ordres nationaux.

L’arrêt Costa c. Enel de 1964 consacra la primauté du droit européen sur les législations nationales. En cas de contradiction, la norme européenne doit toujours prévaloir, garantissant ainsi l’uniformité d’application des règles européennes.

  • Protection des consommateurs renforcée
  • Égalité femmes-hommes dans l’emploi
  • Non-discrimination fondée sur la nationalité
  • Droits sociaux des travailleurs migrants

L’arrêt Cassis de Dijon de 1979 établit qu’un produit légalement commercialisé dans un État membre peut être importé dans un autre, sauf raisons impérieuses liées à la santé ou l’environnement. Ce principe révolutionna le marché intérieur européen.

L’arrêt Cowan de 1989 illustre l’application de la libre prestation des services. Un touriste britannique agressé à Paris obtint la même indemnisation qu’un Français, car il bénéficiait de services hors de son pays d’origine.

L’arrêt Bosman de 1995 appliqua les principes de libre circulation aux sportifs professionnels, supprimant les quotas de joueurs étrangers dans le football européen. Cette décision illustre comment le droit européen pénètre tous les secteurs d’activité économique.

Ces jurisprudences produisent des conséquences concrètes pour les citoyens européens, touchant les droits des consommateurs, l’égalité entre femmes et hommes, la non-discrimination et les droits sociaux. Les renvois préjudiciels possèdent une force obligatoire et, sauf exception, une portée rétroactive.

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Marie Toldeno

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