Interpol : comment fonctionne la coopération policière mondiale et ses objectifs

By Marie Toldeno

Créée en 1923, l’Organisation internationale de police criminelle rassemble aujourd’hui 196 pays membres autour d’une mission essentielle : faciliter la coopération policière internationale pour prévenir et combattre la criminalité transfrontalière. Basée à Lyon depuis 1989, cette structure intergouvernementale déploie des outils sophistiqués comme le système de communication I-24/7, des bases de données partagées et un réseau mondial de notices. Dans un contexte où les infractions ignorent les frontières, cette organisation joue un rôle déterminant pour la sécurité mondiale. Cet article examine l’architecture organisationnelle, les capacités technologiques, les moyens d’intervention et les domaines d’action de cette coopération policière sans précédent.

L’architecture organisationnelle d’INTERPOL et ses implantations mondiales

L’Assemblée générale constitue l’instance suprême de cette organisation, réunissant chaque année les délégations des 196 pays membres pour définir les orientations stratégiques et voter les résolutions. Cette réunion annuelle permet d’adapter les priorités opérationnelles aux évolutions de la criminalité internationale. Le Comité exécutif, composé de 13 membres élus, surveille la mise en œuvre des décisions et guide l’action quotidienne de l’institution.

Le Secrétariat général, installé à Lyon en France, représente le cœur opérationnel de la structure. Dirigé par le Brésilien Valdecy Urquiza depuis 2024, il coordonne les activités avec 756 employés et fonctionne sans interruption, 24 heures sur 24. Cette continuité garantit une réponse permanente aux demandes d’assistance des forces de police mondiales. Le président Lucas Philippe occupe depuis 2025 un poste davantage honorifique, la gestion effective revenant au Secrétaire général.

Les Bureaux centraux nationaux constituent des relais essentiels dans chaque pays membre, servant de point de contact entre les polices nationales et le Secrétariat général. En France, le BCN rattaché à la Direction centrale de la police judiciaire mobilise 75 personnes issues de la police nationale, de la gendarmerie et des douanes. Ce bureau traite plus de 120 000 messages annuels, participant activement aux enquêtes et opérations transfrontalières.

Bureau régionalLocalisationZone couverte
Bureau Amérique du SudBuenos Aires, ArgentineAmérique latine
Bureau Amérique centraleSan Salvador, SalvadorAmérique centrale
Bureau Afrique centraleYaoundé, CamerounAfrique centrale
Bureau Afrique de l’OuestAbidjan, Côte d’IvoireAfrique occidentale
Bureau Afrique de l’EstNairobi, KenyaAfrique orientale

Cette architecture décentralisée s’étend avec le complexe mondial pour l’innovation à Singapour et trois représentations stratégiques auprès de l’Union africaine, des Nations Unies et de l’Union européenne. Ces implantations garantissent une présence opérationnelle sur tous les continents et favorisent les partenariats institutionnels.

Les outils technologiques au service de la coopération policière

Le système de communication sécurisé I-24/7 relie les 196 pays membres entre eux et avec le Secrétariat général, permettant des échanges d’informations en temps réel depuis n’importe quel point du globe. Des millions de messages transitent annuellement via ce réseau policier protégé, héritier du réseau radio international établi dès 1935. Cette infrastructure assure la confidentialité des communications entre services de police de différents continents.

Les 19 bases de données thématiques centralisent des informations sur les infractions et criminels : identité, empreintes digitales, passeports volés, profils génétiques. Ces fichiers sont interrogés plus de 20 millions de fois quotidiennement, avec un temps de réponse moyen de 0,5 seconde. Cette rapidité permet aux enquêteurs de vérifier instantanément la correspondance d’un suspect ou d’un document lors d’un contrôle aux frontières.

La base de données biométriques constitue une ressource historique de l’organisation. Le système automatique de reconnaissance des empreintes digitales AFIS, déployé depuis 2000, a considérablement réduit les délais de vérification. La base de documents de voyage volés ou perdus aide les pays membres à détecter les terroristes et malfaiteurs voyageant sous fausse identité. La base génétique, créée en 2002, contribue à résoudre des affaires criminelles et identifier des victimes de catastrophes.

TechnologieAnnée de déploiementApplication principale
Système AFIS2000Reconnaissance automatique des empreintes digitales
Base génétique2002Identification des suspects et victimes
Reconnaissance faciale2016Vérification d’identité par traits du visage
Plateforme I-Core2020Échange de données sécurisées en mobilité

Depuis 2016, un outil de reconnaissance faciale analyse les caractéristiques, formes et proportions des visages pour identifier ou vérifier l’identité d’une personne. Le logiciel d’analyse des fichiers pédopornographiques permet de comparer images et vidéos, facilitant l’identification de sept victimes par jour en moyenne. La plateforme I-Core facilite les échanges de données sécurisées même en déplacement, transformant les mégadonnées en renseignements exploitables pour les enquêteurs.

Le système des notices internationales comme instrument de coordination

Les notices représentent des messages d’alerte internationaux diffusés aux pays membres pour communiquer des informations sur les infractions, malfaiteurs et menaces. Ce système existe depuis 1946, année où la première notice rouge concernant un Russe recherché pour meurtre d’un policier a été publiée. Cette innovation a révolutionné la mise en alerte internationale des forces de police.

Une clarification s’impose : la notice rouge n’est pas un mandat d’arrêt international. Elle appuie des mandats nationaux ou européens pour faciliter l’arrestation et l’extradition, mais ne se substitue jamais aux décisions des juridictions. L’expression mandat d’arrêt international reste donc inappropriée pour désigner cet outil qui émane de l’organisation et non d’une juridiction.

Huit types de notices remplissent des fonctions distinctes selon leur couleur. La notice rouge demande la localisation et l’arrestation d’une personne recherchée par une autorité judiciaire en vue d’extradition. La notice bleue sollicite des informations complémentaires sur l’identité, le lieu de séjour ou les activités illicites d’individus. La notice verte alerte sur des personnes constituant une menace pour la sécurité publique susceptibles de récidiver dans d’autres pays.

  • Notice jaune : aide à retrouver des personnes disparues, particulièrement des mineurs, ou identifier des personnes incapables de le faire
  • Notice noire : recueille des informations sur des personnes décédées dont le corps n’a pas été identifié
  • Notice orange : alerte sur les matières dangereuses, actes criminels ou événements menaçant la sûreté publique
  • Notice mauve : communique des informations sur les modes opératoires, procédés et cachettes utilisés pour perpétrer des actes criminels

La notice spéciale INTERPOL-Conseil de sécurité des Nations Unies, créée en 2005 suite à la résolution 1617, attire l’attention sur des individus ou groupes visés par les sanctions du Conseil de sécurité. En 2024, 15 548 notices rouges ont été publiées, portant le total de notices en cours de validité à 131 011. Les notices rouges sont accessibles au grand public via le site web de l’organisation.

Type de noticePublications 2024Fonction principale
Notice rouge15 548Localisation et arrestation de fugitifs
Notice bleue4 078Collecte d’informations complémentaires
Notice jaune3 345Recherche de personnes disparues
Notice verte561Mise en alerte sur menaces récidivantes

La campagne Identify Me, lancée en 2023-2024, utilise les notices noires pour solliciter le public dans l’identification de femmes victimes d’assassinats non résolus en Europe. Des cartes de découverte, listes de victimes et reconstitutions faciales sont disponibles en plusieurs langues. Ce système constitue un produit phare permettant une coordination mondiale des recherches de fugitifs et criminels.

Les domaines d’intervention et objectifs stratégiques de l’organisation

Cette structure intervient sur 17 typologies de crimes : corruption, faux monnayage, pédocriminalité, atteintes au patrimoine culturel, cybercriminalité, trafic de stupéfiants, criminalité environnementale, criminalité financière, trafic d’armes à feu, traite d’êtres humains, marchandises illicites, criminalité maritime, crime organisé, trafic de migrants, terrorisme, crimes liés aux véhicules et crimes de guerre. Ces compétences couvrent le haut du spectre policier et nécessitent une réponse coordonnée internationale.

Sept objectifs de l’action policière mondiale, approuvés en 2017 et lancés en 2018, guident les interventions. Alignés sur le Programme de développement durable de l’ONU à l’horizon 2030, ils respectent la Déclaration universelle des droits humains et le principe de neutralité. Le premier objectif vise à combattre le terrorisme grâce à la coopération internationale renforcée. Le deuxième favorise la sécurité des frontières par la vérification en temps réel de personnes, marchandises et véhicules.

Le troisième objectif améliore la protection des groupes vulnérables, tandis que le quatrième réduit les effets de la cybercriminalité à l’échelle mondiale. Le cinquième s’attaque à la corruption et à la criminalité financière, incluant le blanchiment d’argent. Le sixième lutte contre le crime organisé et le trafic de stupéfiants. Le septième renforce la sécurité environnementale et favorise les moyens de subsistance durables.

La révision de 2023, effectuée parallèlement à l’examen à mi-parcours des objectifs de développement durable de l’ONU, a identifié cinq domaines d’avenir. Le partage de données et d’informations apparaît comme fondamental. La collaboration et les partenariats renforcent l’efficacité opérationnelle. La bonne gouvernance, la primauté du droit et le respect des droits humains garantissent la légitimité des actions. Le renforcement des capacités et la formation préparent les policiers aux défis futurs. L’innovation et la transformation numérique, incluant l’intelligence artificielle, permettront d’anticiper les évolutions de la criminalité.

L’organisation fournit une expertise diversifiée aux pays membres : appui aux enquêtes, opérations sur le terrain, formation policière, analyse criminelle et aide à la localisation de fugitifs. Une unité spécialisée dans l’analyse du renseignement criminel créée en 1993 établit des tendances mondiales et met en évidence les relations entre suspects, infractions et lieux via des programmes informatiques spécialisés. Cette mission s’exerce dans le strict respect de l’interdiction d’intervention dans les affaires politiques, militaires, religieuses ou raciales inscrite dans le Statut de l’organisation.

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Marie Toldeno

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